Entrevue avec Carol Riera, Enseignante au département de langues

Martin – Carol, afin de pousser plus loin ta pratique réflexive comme enseignante, tu t’es inscrite à la maîtrise à l’Université de Nottingham en Angleterre.  Pourquoi avoir choisi ce programme et cette Université?

Carol – J’ai cherché longtemps avant de trouver l’université et le programme qui me convenaient. Je devais le faire à distance, car on est à La Pocatière, mais je voulais une université ayant une bonne réputation en langues/linguistiques et surtout, je voulais de la flexibilité au niveau du choix de cours.  L’université de Nottingham m’offrait la chance de commencer à faire une Maitrise de « Modern English Language » et de déclarer ensuite ma spécialisation après avoir suivi un certain nombre de cours.  J’ai fini par me spécialiser en linguistique appliquée.

Qu’est-ce que cela a impliqué de t’inscrire dans un programme à distance? Est-ce facile de suivre des cours dans une université située en Europe?

CR – J’ai déjà suivi un cours vers la maitrise à l’université de Sherbrooke et je peux vous dire que les exigences en Europe au moins à Nottingham sont beaucoup plus grandes.  Il fallait faire quelque chose (lire, écrire ou faire des travaux sur Moodle) presque tous les jours après le travail et je travaillais régulièrement sur ma maitrise les fins de semaine.  Ce qui a grandement facilité la tâche, c’est que je suis allée sur le campus pour une semaine intensive trois années de suite.  Cela m’a permis de rencontrer les professeurs, d’utiliser des services comme les programmes d’ordinateur spécifiques à la linguistique et de faire des amis qui sont venus des ressources fabuleuses au fur et à mesure que mes cours avançaient.

Parle-nous de ton parcours?  Quels sont les cours qui t’ont influencé dans ton enseignement?

CR – J’adore apprendre, alors j’ai aimé tous les cours.  En fait, j’ai été attristée de ne pouvoir suivre plus de cours! Certains étaient plus difficiles, étant donné que ça fait longtemps que j’ai terminé mon Bac en éducation et que les choses ont changé depuis ce temps-là.  Les deux cours les plus pratico-pratiques pour mon enseignement étaient « Vocabulary :  Teaching and Learning » et « Teaching Language and Literature I ».  Il y avait des activités que j’ai faites le soir chez moi et le lendemain je les ai mises à l’essai en classe.  « World Englishes » était aussi très utile et intéressant, car ce cours examine notre monde en constante évolution, vu le contexte d’influx d’étudiants internationaux et d’immigrants.  Mais mes deux cours préférés étaient le cours de psycholinguistique, qui était très scientifique et fascinant. Il aborde la façon dont nous apprenons les langues et examine le rôle joué par le cerveau.  L’autre cours était intitulé « Intercultural Communication ».  Je l’ai tellement aimé que j’ai fait ma dissertation sur les étudiants internationaux du cégep.

De quelle façon en es-tu venu à ton sujet de recherche?

CR – Pour deux de mes cours, « Interculturel Communication » et « Research Methods in Applied Linguistiques » j’ai fait des travaux avec des étudiants internationaux (sondages et entrevues) et ils m’ont vraiment donné le goût d’en savoir plus sur l’adaptation des étudiants internationaux dans un cégep rural.  Le fait que j’ai dû moi-même m’adapter au milieu faisait en sorte que je comprenais leurs réactions.

Est-ce que cela a été facile de procéder à la recension des écrits sur ton sujet de recherche?

CR – Oui et non.  Il y a tellement à dire sur ce sujet.  J’ai lu, et lu et lu encore, mais je ne pourrais jamais tout lire.  Il y a beaucoup d’articles sur le sujet, mais d’habitude ils sont rédigés en Angleterre, aux États-Unis ou au Japon.  Bien sûr, la situation économique et politique influence l’adaptation des étrangers et aussi la provenance de l’étudiant et encore bien d’autres facteurs.  Il y a beaucoup moins d’articles sur le Québec et quand ils existent, ils traitent souvent de l’adaptation dans des grands centres comme Montréal où la situation est différente d’ici.  Mais en général, du fait que j’ai eu le temps de recenser des écrits comme il se doit grâce à mon dégrèvement, je suis très contente du résultat et mon tuteur m’a dit qu’une des forces de ma dissertation était que mon recensement avait de la profondeur et que les facteurs étaient divisés en section, ce qui facilitait la lecture.

Ton projet de maîtrise implique la cueillette de données, quelle méthode as-tu utilisée et pourquoi?

CR – J’ai utilisé des méthodes qualitatives, car c’était la seule solution si je voulais avoir des détails personnalisés de chaque participant.  J’ai fait une analyse intégrée de trois types de données : les transcriptions d’une première et d’une deuxième entrevue (avant et après les activités de groupe), les journaux des étudiants internationaux sur leurs impressions de leur intégration et les observations de quatre activités organisées avec des étudiants internationaux et des étudiants québécois.

La recherche impliquant des êtres humains implique d’adresser une demande de certification au Comité d’éthique de la recherche du Cégep.  Peux-tu nous parler de ta démarche?

CR – J’avais besoin de faire une demande de certification au Cégep et à l’université de Nottingham.  En gros, j’avais besoin de remplir des formulaires qui décrivaient ma méthodologie et répondaient à des questions venant des comités. Une fois que j’ai satisfait aux conditions des comités concernant ma méthode, j’ai aussi dû faire signer tous les étudiants qui participaient aux entrevues et aussi tous ceux qui assistaient aux activités de groupe. Pour l’université, je suis tenue de garder toutes les données sur support électronique et papier sous clé pendant 7 ans.

Cet automne, tu as eu une libération pour rédiger ton mémoire de maîtrise.  Peux-tu nous présenter le programme qui a permis cette libération?

CR – J’ai entendu parler de cette libération grâce au Comité patronal de négociation des collèges (CPNC) en association avec la FNEEQ juste avant la fin du trimestre au mois de mai.  C’est un programme qui vise à aider les gens qui font la plupart de leurs études (de maitrise ou de doctorat) tout en travaillant, à finir en beauté.  C’est exactement ce que ça m’a permis de faire et j’en suis très reconnaissante!

Qu’est-ce que tu retires de cette expérience?  Que sera la suite des choses?

CR – Cette expérience m’a permis de réaliser un rêve.  Je voulais toujours continuer mes études, car comme je l’ai déjà dit, j’adore apprendre. Mon tuteur m’a dit que ma dissertation vaut la peine d’être publiée, alors ma prochaine étape sera d’essayer de contacter un journal tel que l’« International Journal of Intercultural Relations » pour voir s’il sera possible de le faire.

Qu’est-ce que tu conseillerais à un collègue qui serait tenté de vivre la même expérience que toi?

CR – C’est difficile de conseiller quelqu’un d’autre, car le désir de le faire doit venir de soi-même.  Mais si comme moi, ils ont le goût d’apprendre et de se surpasser, alors je leur dirai que ça vaut la peine. Je n’ai pas de regrets bien qu’il soit très exigeant d’enseigner, de corriger, de planifier, etc., tout en devant suivre des cours, étudier et écrire de gros travaux. Une chose est certaine; ça nous fait comprendre la pression que nos étudiants vivent!

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  • Entrevue très intéressante

  • Bravo Carol je t’admire. Quelle détermination!

    Tu es une battante.

    Lise

  • Félicitations Carol!

    Bonne chance pour le manuscrit!

    Yves